mardi , 23 mai 2017
Et si l’Afrique creusait le filon des « villes intelligentes » ?

Et si l’Afrique creusait le filon des « villes intelligentes » ?

Avec le boom démographique attendu sur le contient africain, repenser l’urbanisation de l’Afrique se pose plus que jamais comme une des premières priorités de développement. Encore timide sur le continent, l’implantation de villes dites « intelligentes » séduit de plus en plus. Pourtant, le filon peut s’avérer être une aubaine pour la gestion de l’urbanisation

En 2025, près de 600 millions d’Africains seront des citadins. Cette proportion va vite se porter à 60% des 1,2 milliards d’habitants qui peupleront l’Afrique en 2050. Ces chiffres de l’UN-Habitat illustrent bien le boom démographique qui atteint des pics inquiétants sur le continent. Conséquence première, il faudra non seulement loger et nourrir cette population croissante mais aussi leur acheminer les services de bases (transports, accès à l’eau, fourniture en énergie, gestion des déchets…).

Qu’est-ce qu’une ville intelligente ?

Les gouvernements se trouvent dès lors confrontés aux défis de développement, de la transition énergétique mais aussi à celui de la construction de villes résilientes où il faudra minimiser les coûts de fonctionnement tout en les inscrivant dans la durabilité. Face à ces défis multiples, l’idée de « smart city » ou « ville intelligente », aussi méconnue que persistante, séduit de plus en plus sur le continent qui hésite encore à franchir le pas. Mais, c’est quoi au juste, une smart city ou ville intelligente ?

« Une ville intelligente est une ville qui utilise les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) pour améliorer la qualité des services urbains et permettre de réduire leurs coûts ». Pour compléter cette définition communément utilisée, Sophie Meritet, professeur affilié à Sciences Po Paris explique que « ce sont des villes modernes et connectées qui permettent de mettre en œuvre des infrastructures communicantes et durables pour améliorer le confort des citoyens tout étant plus efficaces et en respectant l’environnement ».

Quelques villes intelligentes en Afrique

A quand l’implantation ou la transformation de smart cities africaines ? Il faut d’abord rappeler que quelques pays africains ont déjà franchi le pays et tentent déjà l’expérience smart dans des villes nouvelles. C’est le cas de l’éco-cité de Zenata, nouvelle ville de 1 830 hectares en construction au nord de Casablanca au Maroc. Eco-conçue sans recours à l’automobile, cette ville de plus 40.000 logements, veut réduire les impacts sur l’environnement par un quadrillage de 470 hectares d’espaces vert. L’eco-cité de Zenata prévoit également un système de régénération des nappes phréatiques mais aussi sa connexion à une gare multimodale, au RER, à une ligne de tramway et son branchement future aux NTIC pour les services numériques.

Ailleurs sur le continent, prenant en exemple la ville de Palo Alto aux Etats-Unis, le Kenya a lancé en 2013, la construction de la ville technologique Konza, une sorte de Sillicon Valley à l’africaine. Sur l’emplacement d’un ancien ranch situé à 60 kilomètres de la capitale Nairobi, que la smart city kenyane de 2011 hectares va jaillir de terre dès 2017. Dans le concept d’une ville hautement connectée Konza City surnommée « Silicon Savannah » (comprendre « la Sillicon Valley qui a jailli de la savane ») accueillera un campus universitaire de 1500 étudiants, des industries de fabrication de matériaux d’assemblage, des hôtels et des zones résidentielles. Le gouvernement kenyan qui a désigné une autorité dédiée veut faire de sa nouvelle ville un hub de l’externalisation des processus d’affaires, du développement de logiciels, de centres de données, centres de reprise après sinistre, de centres d’appels. Il faut souligner que le Kenya a les opportunités de ses ambitions avec l’implantation de géants comme Google, Samsung, Blackberry, Nokia, Microsoft ou encore IBM.

Embarqués dans ce trend technologique des villes comme Abidjan en Côte d’Ivoire et son expérimentation des transports connectés, Brazzaville avec son incubateur d’entreprises ou encore Kigali avec sa 4G square, un centre de services Internet, s’apprêtent à faire le saut dans le smart. « D’après les expériences dans les différents pays, on voit souvent qu’il y a une ville qui a déjà une ville qui a déjà mis en place des services intéressants et qui vont juste ajouter la connectivité à Internet. Cela constitue un début mais il faudrait pouvoir jouer sur les infrastructures pour mettre en place des bâtiments intelligents dont certains sont consommateurs d’énergie et d’autres des producteurs d’énergie pour équilibrer et atteindre l’efficacité énergétique », prévient Sophie Meritet qui est également spécialiste de l’énergie.

Des écueils à éviter et la problématique de l’adaptation

Dans le filon des villes intelligentes, la tentation serait de dupliquer des modèles préexistants, pensés en dehors des modes de vie et de consommation des pays africains. Vouloir rendre les villes africaines plus « intelligentes », c’est bien, les penser pour l’Afrique est encore meilleur d’où des écueils à éviter. « La force de l’Afrique sera de ne pas chercher à imiter ce qui se fait mais d’être innovant et créatif. J’en appelle à l’innovation, à être inventif. Il faut que le continent se serve des expériences qui ont été tentées partout mais sans les calquer. L’Afrique doit bien étudier les forces et les faiblesses de chaque expérience et prendre les caractéristiques propres de chaque pays pour voir émerger des villes qui s’inscrivent dans leur environnement », conseille Sophie Meritet.

Pour une implantation de villes intelligentes africaines, « la priorité pour l’Afrique sera de penser ses villes en prenant en compte des priorités comme l’accès à l’eau, au logement, l’urbanisme. Mais la priorité les plus importantes seront d’inscrire ses villes dans la mobilité et l’efficacité énergétique en pensant un urbanisme de moindre consommation », ajoute notre interlocutrice.

A quand l’émergence de villes africaines inscrites au rang des villes « intelligentes » ? « Tout dépend de l’aspect financier car il faut à la fois avoir les moyens financiers pour investir. Souvent, ces investissements se feront à travers des partenariats publics-privés mais une fois que la ville intelligente est créée, se pose la problématique de l’adaptation ». Le plus grand défi sera d’éduquer et de préparer les habitants à vivre dans cette nouvelle ville tout en respectant ses règles et tout en la préservant. Autre défi, celui de la gestion de la démographie qui s’accélère et des touristes qui ne sont pas préparés à ce mode de vie. L’adaptation sera donc au centre de la durabilité de la ville intelligente africaine. A ce titre Sophie Meritet rappelle cette citation de Shakespeare, « l’intelligence d’une ville se mesure à l’intelligente de ses habitants ».

la Tribune Afrique

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