vendredi , 31 mars 2017
QUI VA SAUVER L’ECOLE ?

QUI VA SAUVER L’ECOLE ?

L’avenir des milliers d’élèves dépend désormais d’une équation, le protocole d’accords « réalistes et réalisables », qui oppose les syndicats d’enseignants et les autorités du secteur de l’éducation nationale avec son lot de conséquences : pas de cours. La situation est telle qu’un point de non-retour s’annonce sous les cieux au regard des dates retenues pour les examens et la persistance des grèves menées par les enseignants au point de se poser la question de savoir : Qui sauvera l’école sénégalaise ? L’État tout comme les syndicats d’enseignants se rejettent en permanence la balle de la responsabilité dans le pourrissement de la situation où les élèves sont les principales victimes. La tutelle parle d’une volonté d’un retour à la normal pendant que les enseignants indexent leur inertieface à leurs revendications. Par conséquent, la Fédération nationale des associations des parents d’élèves et étudiants (Fenapes) et le Comité national de dialogue social, section Éducation et Formation, parlent respectivement d’une amnistie et de la conjugaison des efforts pour sauver l’école.
LE GCSE DÉNONCE TOUJOURS L’INERTIE DU GOUVERNEMENT

Le système éducatif qui n’a pas encore fini sa descente aux enfers, est pris en otage par un protocole d’accords signé par le gouvernement le 17 février 2014, sacrifiant par ricochet l’avenir des milliers d’élèves en quête de savoir. On n’a pas encore fini de parler de la qualité des enseignements et apprentissages du système éducatif lors des Assises nationales de l’éducation et de la formation que l’école sénégalaise s’enlise dans des grèves interminables menées par les syndicats d’enseignants. Ces derniers exigent sans délai l’application des  accords « réalistes et réalisables » dont le seul point qui connait un début de solutions reste la validation des années de vacations, de contractualisation et de volontariat  avec le vote de la loi modifiant le statut des fonctionnaires. Pour le Grand cadre des syndicats d’enseignants (Gcse), « le gouvernement qui a le pouvoir de décisions maintient son inertie aux questions posées par les enseignants. Nous attendons une plénière qui va regrouper les différents ministres concernés par nos revendications ». Le vice-coordonnateur du Gcse estime que « l’école sénégalaise est en train de traverser une phase extrêmement difficile qui pourrait compromettre la présente année scolaire ».

Parlant d’un 5ème plan d’actions en perspective au retour de la fête pascale, Omar Waly Zoumarou  a relevé que « les différentes parties s’asseyent autour d’une table pour renouer le fil du dialogue, afin de sauver l’année. Il y a que des médiateurs qui s’agitent pour essayer de rapprocher les lignes. Le fil du dialogue est complètement rompu ».

Les syndicats d’enseignants sont revenus sur les propos du ministre de la Fonction publique de la Rationalisation des effectifs et du Renouveau du service public qui avait soutenu que les négociations achoppent sur  « cinq questions majeures ». Les enseignants s’inscrivent en faux contre ces allégations de Viviane Laure Elisabeth Bampassy en soulignant qu’il n’y a que le seul point de la validation qui connait un début de solution avec le vote de la loi modifiant le statut des fonctionnaires ».

« Ce n’est pas demain la veille que nous allons voir la matérialisation des accords. Il existe d’autres problèmes plus importants à savoir les lenteurs administratives, la question de la formation des instituteurs adjoints qui était prévue durant les vacances de Pâques, l’habitat de social dont les titres de propriétés posent d’énormes difficultés », insiste M. Zoumarou.

BAKARY BADIANE, PRESIDENT DE LA FENAPES : Les parents d’élèves prônent l’amnistie

Le président de la Fédération des associations des parents d’élèves et étudiants n’est pas allé par quatre chemins en parlant de la crise scolaire pour dire que « l’école est l’affaire de tous, notamment les syndicats d’enseignants tout comme le gouvernement ».

Affirmant que l’école sénégalaise fait face depuis plus d’une décennie à des grèves récurrentes sans solutions, Bakary Badiane invite les deux parties à trouver une « amnistie qui signifie la cessation des hostilités pour arriver à un accord ».

« A partir du moment où les négociations sont engagées, on pouvait demander du côté des syndicats une pause. Il ne sied pas de discuter et de continuer la grève. Ce sont les parents et les élèves qui sont les seuls perdants », a insisté M. Badiane.

Pour le président de la Fenapes, l’heure est  au sacrifice pour « mettre en avant l’intérêt des enfants. Ce n’est pas possible de faire de la grève jusqu’à obtenir la satisfaction sur tous les points ».  M. Badiane pense qu’en « matière syndicale, on ne peut jamais réclamer tous les points. Quand on règle 3 points sur les 5 points inscrits, on est en droit d’arrêter et d’observer une pause. Ne serait-ce que pour sauver l’année. On sait qu’on ne peut plus la sauver ».

En répondant à la question relative à qui peut sauver l’année scolaire, Bakary Badiane n’est pas allé du dos de la cuillère pour dire que « les syndicats peuvent sauver l’école, le gouvernement aussi à condition que chaque partie accepte de faire des efforts et des sacrifices à un mois des examens pour des gens qui n’ont pas travaillé ».

MAMADOU DIOP CASTRO, CNDS/EF : «Conjuguer les efforts pour sauver l’école»

Le Comité national de dialogue social, section Education et Formation n’est pas resté insensible sur la situation scolaire qui est en train de se détériorer au grand dam des élèves et parents d’élèves. Pour le président du Cnds/Ef, l’heure est venue pour tous les différents acteurs impliqués dans le processus de conjuguer leurs efforts pour sauver l’école ».

Il s’agit, indique Mamadou Diop Castro,  de « rapprocher les différents points de vues dont les  consultations sont en cours. Le gouvernement doit jouer sa partition dès lors que l’essentiel est de respecter les accords. La place et le rôle de l’Etat sont fondamentaux pour le dénuement de la crise ».

L’ancien Secrétaire général de l’Union démocratique des enseignants du Sénégal (Uden) a relevé que « les dossiers en souffrance aux ministères de l’Education, du Budget, de l’Urbanisme, à la Fonction publique doivent nous permettre d’arriver plus ou moins à une suspension du mot d’ordre des organisations syndicales en attendant les discussions sur les questions financières, notamment sur les indemnités de logement assujetties à l’étude du dépôt sur le système de rémunération ».

Estimant que le gouvernement fait des efforts pour aller dans le sens de matérialisation les accords en créant les conditions de la décrispation, il va sans doute, selon Castro,  pousser « les organisations syndicales de jouer leur partition en appréciant les efforts faits par le gouvernement. Les vacances devront être mises à profit pour la réalisation d’un consensus pour sauver l’année ».

MARIE SIBY FAYE,  CONSEILLÈRE TECHNIQUE DU MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE, CHARGÉE DES SYNDICATS, DES AFFAIRES SOCIALES ET DES QUESTIONS DE GENRE : «Il y’a une volonté d’aller vers la fin de cette crise»

Maitre d’ouvrage de l’application des accords qu’il a signés le 17 février 2014, le gouvernement donne l’impression de se chercher sur les différents points du protocole d’accords. Voilà presque un an et presque deux mois que les autorités ne sont pas parvenues à convaincre les enseignants. Toujours est-il que cela n’a pas empêché la reprise des mouvements de contestation par les syndicats. Toutefois, le gouvernement et les syndicats marquent leur disponibilité pour un retour à la normal du système éducatif, a soutenu Marie Siby Faye. La chargée des syndicats, des affaires sociales et des questions de genre a fait savoir que «nous sommes en train de travailler avec l’aide de facilitateurs pour des solutions avant le retour des classes. Nous sommes tous conscients d’un fait : nous devons tous s’impliquer pour que notre école puisse répondre aux objectifs de qualité attendus ». Affirmant que le gouvernement souhaite jeter les bases d’un système éducatif stable pendant au moins une période à la reprise, Marie Siby laisse entendre  « a volonté manifeste d’aller de part et d’autre vers la fin de cette crise».

«Je ne peux pas être catégorique sur la reprise des grèves. Mais les deux parties travaillent ensemble pour prendre en charge les questions qui sont à la base de cette crise », a –t-elle précisé.

Ibrahima Baldé

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