jeudi , 30 mars 2017
Le fils à la recherche de sa mère

Le fils à la recherche de sa mère

Résumé

Un jeune homme élevé par une femme génie qui l’avait enlevé à sa mère alors qu’il venait de naître, décide de partir à sa recherche. La femme génie le couvre de biens et le met en garde contre les imposteurs. Seule sa vraie mère connaîtra les conditions de sa naissance.

Le texte du conte

Un conte
On l’écoute
Il était une fois
Il existe encore.

Il était une fois une femme et son mari ; ils étaient tous deux esclaves. Ils vivaient chez le roi et travaillaient pour lui. Le roi était très méchant. Les esclaves travaillaient nuit et jour ; ils ne se reposaient jamais et ne mangeaient pas à leur faim. Un jour, le mari mourut. Son mari étant mort, la femme s’enfuit de la maison du roi. Elle sortit de la ville et décida de se réfugier dans un autre pays.

Avant la mort de son époux, la femme était déjà avancée en grossesse.
Elle marcha, marcha, marcha pendant longtemps, elle entra en travail. Elle vit un fleuve, et s’installa sur la rive jusqu’à sa délivrance. Lorsqu’elle eut accouché, elle prit un brin de canne à sucre et coupa le cordon ombilical. Elle mit au poignet de l’enfant un bracelet offert par son mari lors de son mariage. Cela se passait en pleine nuit. Elle décida d’attendre là le lever du jour. Mais quand elle se réveilla elle ne vit plus l’enfant. Elle le chercha partout en vain. Elle pleura jusqu’à n’avoir plus de larmes et s’en remit à Dieu. Elle reprit son chemin.

Elle arriva dans un autre grand pays, et y reprit ses fonctions d’esclave à la cour. Ce roi aussi était très méchant.

Il se trouvait que l’enfant avait été enlevé par une femme génie, qui le nourrissait et qui s’occupait de lui jusqu’à ce qu’il eût grandi. L’enfant lui servait de berger, accompagné du fils de la femme génie ! Un jour, il dit à ce fils :
– Moi, ma mère me manque beaucoup !

L’enfant de la femme génie lui répondit :
– Toi, tu sais que ma mère t’aime beaucoup. Quand tu reviendras à la maison, tu t’assiéras quelque part, tranquille comme si tu étais malade. Si elle te demande ce que tu as, tu répondras que ta mère te manque et que tu veux lui rendre visite. Ainsi elle te laissera partir.

Au retour des pâturages, l’enfant fit ce que lui avait recommandé le fils de la femme génie. La femme lui demanda ce qu’il avait. Il dit :
– Ma mère me manque, je voudrais lui rendre visite.

Le génie lui dit :
– Demain je te laisserai partir. Le lendemain, elle lui donna cent bœufs, cent moutons, cent chèvres, cent ânes, une outre pleine d’or et une outre pleine d’argent. Elle lui donna aussi de nombreux guerriers à cheval. L’enfant prit la tête du cortège.

Avant qu’il ne parte, elle lui dit :
– Tu ne connais pas ta mère, tu ne sais pas aussi où elle se trouve. Je te dirai donc ceci : beaucoup de femmes te diront qu’elles sont ta mère, mais tu leur demanderas en quel lieu elles t’ont enfanté, avec quoi elles ont coupé ton cordon ombilical, et ce qu’elles t’ont donné ensuite. Celle qui est ta mère, elle te dira: « Je t’ai mis au monde sur la rive d’un fleuve, j’ai coupé ton cordon avec un morceau de canne à sucre, je t’ai passé au poignet un bracelet ». Celle qui n’est pas ta mère ne pourra pas te donner ces réponses.

Ils se dirent adieu. L’enfant prit la route avec ses richesses et ses guerriers. Ils marchèrent, marchèrent jusqu’en vue d’une cité.
Quand ils y pénétrèrent, une femme vint à sa rencontre et lui dit :
– Beau jeune homme, où vas-tu ?
– Je suis à la recherche de ma mère.
– Je suis ta mère.
– Où m’as-tu enfanté ?
– Dans ma maison.
– Avec quoi as-tu coupé mon cordon ?
– Avec un couteau.
– Que m’avais-tu offert à ma naissance ?
– Le lait de mon sein.
– Toi tu n’es pas ma mère, dit l’enfant.

Une autre femme arriva et déclara qu’elle était sa mère.
– Où m’as-tu donné le jour ? demanda l’enfant.
– Dans mon arrière-cour.
– Toi non plus, tu n’es pas ma mère, dit l’enfant.

Toutes les femmes de l’endroit vinrent mais aucune n’était sa mère. Il reprit sa route vers une autre cité. Dans cette dernière, il ne trouva pas non plus sa mère. Il traversa ainsi de nombreux villages sans trouver sa mère. Il arriva enfin dans cette cité où sa mère vivait.

Toute femme qui voyait ses nombreuses richesses affirmait être sa mère.
Toutes les femmes du pays furent donc interrogées par l’enfant, l’une après l’autre, mais aucune ne donna les réponses de la femme génie.
Une femme dit alors :
– Appelez donc l’esclave, peut-être que c’est elle.
Toutes s’exclamèrent :
– Tu sais que cela ne peut pas être elle ! Celle-ci ne peut donner le jour à un enfant aussi beau, à un enfant aussi riche !
Sa mère s’approcha, le regarda, et le reconnut. Elle s’élança vers lui, et lui dit :
– Je suis ta mère.

L’enfant demanda :
– Où m’as-tu enfanté ?
– Au bord du fleuve.
– Avec quoi as-tu coupé mon cordon ?
– Avec un morceau de canne à sucre.
– Que m’as-tu donné à ma naissance ?
– Un bracelet offert par ton père lors de notre mariage.

L’enfant fut très heureux et cria :
– C’est toi qui es ma mère !
L’enfant la débarrassa de ses haillons, lui offrit des habits neufs, la mit sur le plus gros cheval et lui dit :
– Rentrons dans notre pays.
Quand ils arrivèrent dans leur contrée, ses guerriers attaquèrent le roi, le défirent, et l’enfant devint roi.

Il affranchit tous les esclaves leur donna la moitié de ses richesses et tous furent heureux.
D’autres villages déménagèrent et vinrent s’ajouter au sien. Son pays fut un grand pays, tout le monde en parlait.

C’est ici que le conte se jeta dans la mer.

Ce conte est extrait de « Contes wolof ou la vie rêvée » rassemblés par Seydou Nourou Ndiaye et Lilyan Kesteloot, édités par Enda et IFAN à Dakar, en 1996 dans la Collection « Clair de lune ».

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Commentaires

  1. KIKI dit :

    Merci luxmealex.com, ce conte me fait revivre le bon vieux temps


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