mercredi , 21 juin 2017
INTRODUCTION  GÉNÉRALE  A  LA PHILOSOPHIE, PAR M. NDAO

INTRODUCTION GÉNÉRALE A LA PHILOSOPHIE, PAR M. NDAO

CONSIDERATIONS GENERALES

La philosophie est  pour vous une nouvelle discipline qui suscite à la fois de la curiosité et des moqueries diverses.

De la curiosité parce que chacun a le pressentiment  qu’elle pose des questions essentielles qui nous préoccupent tous sans pour autant savoir lesquelles. Des moqueries parce que le philosophe est réputé être un homme bizarre, souvent inadapté à la vie ordinaire et qui se pose des questions complexes en proposant des réponses incompréhensibles à travers des élucubrations inaccessibles au commun des mortels. On en conclut naïvement que la philosophie est une discipline hermétique pour laquelle il faut être doué d’une tournure d’esprit particulière.

Pour dissiper tout malentendu, partons d’un simple constat ; vous et moi et tous les hommes ont tendance à se référer à des valeurs morales telles que le bien et le juste lorsque nous admirons ou nous nous scandalisons sur  tel ou tel autre comportement. Ces valeurs de bien, de juste, qui relèvent parfois de convictions personnelles ou que nous héritons de la société qui nous l’inculque à travers notre éducation et auxquelles nous nous référons constituent une philosophie.

De ce point de vue on peut dire que tout homme est  philosophe comme « Mr. Jourdain faisait de la prose sans le savoir ».

Toute fois il faut reconnaitre que cette philosophie spontanée ne peut pas être considérée comme la philosophie qui est une réflexion essentiellement critique (…).

Qu’est-ce que la philosophie ?

La question inaugurale  « qu’est-ce que la philosophie ? » dans la mesure où elle appelle en principe une réponse univoque de la philosophie, pose problème, car les réponses à cette question ne peuvent être que divergentes voir même contradictoires. En effet la philosophie est une discipline qu’on pourrait définir d’autant de manières qu’il est parfois préférable de ne pas la définir. C’est ce qui justifie que jusque-là, il n’y a pas de consensus sur la définition de la philosophie. Chaque philosophe la définit à sa manière.

C’ est pourquoi à la question de savoir « qu’est-ce que la philosophie? »; il serait plus prudent de dire comme Jules LACHELIER « Je ne sais pas ».

Cette remarque nous renseigne sur l’impossibilité de donner de manière définitive une définition unanimement partagée par la communauté des philosophes. Comparée aux mathématiques ou aux autres sciences qui commencent toujours par déterminer leurs domaines d’investigation et leurs objets d’étude; la philosophie, elle, doit avouer son échec.

En effet puisque toute définition est par définition, limitation; il faut reconnaitre que la philosophie est rebelle à toute limitation. Elle n’a pas d’objet spécifique ; elle porte sur tout. Ainsi la philosophie est la seule discipline qui cherche à savoir ce que’ elle est sans y parvenir. Ce que ARISTOPHANE reprochait à Socrate dans sa comédie Les Nuées et partant à la philosophie ; n’est-ce pas de prétendre être la reine d’un royaume qu’elle est incapable de définir ?

Mais selon PASCAL on ne devrait pas reprocher à la philosophie la nature insaisissable de son problème puisque justement, elle en fait profession.

C’est donc dire qu’on ne saurait s’exercer à la philosophie comme on s’adonnerait aux autres sciences. On comprend alors aisément pourquoi selon  Emmanuel KANT « On ne peut   pas apprendre la philosophie ; on ne peut apprendre qu’à philosopher ». Apprendre à philosopher, c’est donc apprendre à penser par soi-même ; ce n’est point restituer les pensées des autres philosophes à l’ occasion des cours et des devoirs, c’est les assimiler pour développer son esprit critique en fonction de ses préoccupations et celles que notre époque et notre société inscrivent à l’ordre du jour.

De ce point de vue, la philosophie apparait comme une forme de pensée en perpétuelle construction. Elle n’est pas un ensemble de connaissances théoriques déjà constituées quelque part où on viendrait s’abreuver ni un ensemble de recettes pratiques. Elle est à faire en fonction de l’évolution du monde et des préoccupations des hommes.

Si donc la philosophie ne saurait s’apprendre par cœur, elle nécessite la connaissance et la maitrise indispensable à la construction méthodique et rigoureuse d’une pensée. La philosophie ne se reçoit pas passivement, elle est une activité que l’on doit pratiquer.

Ce qui est en jeu dans un cours de philosophie c’est l’acquisition d’une méthode, d’un itinéraire à suivre rigoureusement; condition sinequanone qui mène à la vérité. En effet même si selon DESCARTES « Le bon sens est la chose la mieux partagée »; cette condition nécessaire est cependant non suffisante car « Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, l’essentiel est de l’appliquer bien ».

C’est précisément cela que vous propose cette année d’initiation à la philosophie, certes limitée, mais qui je l’espère bien, vous la fera aimer et même cultiver pour le restant de votre vie.

adyndao@live.fr

A propos de Ady NDAO

Professeur de Philosophie au Lycée de Sandiara / Sénégal

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