vendredi , 26 mai 2017
«IMPOSSIBLE D’AVOIR DE LA QUALITÉ SANS UTILISER LES LANGUES NATIONALES», (Chef du Département des Lettres Modernes de l’UCAD)

«IMPOSSIBLE D’AVOIR DE LA QUALITÉ SANS UTILISER LES LANGUES NATIONALES», (Chef du Département des Lettres Modernes de l’UCAD)

La problématique de l’utilisation des langues nationales à l’école fait de grandes avancées. Selon le chef du département de lettres modernes de l’UCAD, le bilinguisme est la seule voie de salut pour  atteindre la  qualité, le français ayant montré ses limites dans l’éducation de masse. Alioune Ngoné Seck s’exprimait en marge d’un séminaire de formation organisé par l’Ong Ared sur l’introduction des langues maternelles à l’élémentaires.
L’utilisation des langues nationales est aujourd’hui, une extrême urgence pour atteindre la qualité dans le système éducatif sénégalais. C’est la conviction affichée par le chef du département de lettres modernes de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Le  linguiste et expert accompagnateur de l’Ong ARED dans la formation des instituteurs dans le cadre du projet d’appui à l’éducation en langues maternelles pour l’école élémentaire au Sénégal, explique que la  langue  étrangère en tant que langue de formation d’une élite ne peut pas permettre d’obtenir des résultats  quand  il s’agit de l’éducation de masse. C’est pourquoi, il a plaidé  pour le bilinguisme dans l’élémentaire d’abord. «Je suis convaincu et, tout semble aujourd’hui le prouver que quand on veut faire de l’éducation de masse, la langue de l’étranger ne peut pas régler le problème.

Tant qu’il s’agissait de faire la promotion d’une élite, le français pouvait régler le problème, mais quand il s’agit de l’éducation de masse, d’aller vers une pédagogie de réussite pour tous la  langue de l’étranger présente tout de suite ses insuffisances», a-t-il dit.

«Le système éducatif unilingue a révélé ses limites et la seule  perspective, la  seule alternative est l’utilisation des langues nationales, avant d’aller vers une langue  d’ouverture. Donc, le bilinguisme s’impose. On ne peut pas faire de la qualité dans une éducation de masse sans utiliser les langues nationales», poursuit-il. En phase  expérimentale dans près de 250 classes sous la houlette de l’Ong ARED (Associated in Research and Education for Développement), le programme d’enseignement bilingue, en Wolof et Français ou Pulaar et Français, a suscité un grand intérêt auprès des instituteurs qui ont sollicité une formation pour être mieux outillés dans l’étude des langues où beaucoup d’insuffisances ont été notées dans  la grammaire et la conjugaison. L’atelier de trois jours visait à doter les acteurs au niveau de la deuxième étape d’outils nécessaires comme l’étude du groupe nominal et du groupe verbal pour aller vers l’analyse  grammaticale.

A ce titre, l’expert estime que malgré les délais courts de formation, «l’essentiel a été fait, c’est-à-dire avec le groupe nominal et le groupe verbal, les deux noyaux, on peut aller faire l’analyse logique de la phrase».

A partir des expériences de classe, des outils didactiques nécessaires sont produits au fur et à mesure et aujourd’hui,  révèle M. Seck, «les manuels de mathématiques et  de lecture pour la première étape ont été réalisés en plus des guides méthodologiques, des cahiers d’exercices en lecture et mathématiques ont  été  stabilisés».

Le directeur général d’ARED, Mamadou Amadou Ly, a révélé qu’après une phase d’essai, la généralisation du bilinguisme est pour bientôt et que les services compétents  du ministère de l’éducation sont à pied d’œuvre sur ce chantier. «Ce sera demain puisque aujourd’hui un processus est engagé. Il s’agit du processus de mise à l’échelle où ARED a même  eu à initier  des rencontres avec les ministères et les parties prenantes du système éducatif avec l’appui d’un cabinet américain qui s’appelle MSI. Sur commande du ministre, des travaux ont été faits sur une stratégie de mise à l’échelle de l’enseignement  bilingue», révèle-t-il.

«D’ailleurs le plan d’exécution de mise à  l’échelle a été validé techniquement au cours d’une rencontre qui a regroupé le ministère, ses six directions, les acteurs  de la  société civile avant  de recevoir le quitus politique du ministre de l’éducation nationale. Un conseil interministériel avec des directives assez claires  a été tenu dans ce sens, c’est à dire l’introduction des langues nationales à l’école élémentaire», renchérit-t-il.

Pour respecter le principe de l’équité comme décliné  dans le  paquet, M. Ly précise d’emblée que le choix des trois langues Wolof, Pulaar et Sérère n’est pas définitif. C’est un choix qui était lié au contraintes de l’essai, mais l’objectif est de se conformer aux politiques de l’État qui font de toutes les langues nationales, ou en tout cas les six déjà codifiées, des langues d’enseignement -apprentissage. Aujourd’hui, avec le programme ELAN, ce sont six langues nationales qui sont déjà dans les classes.

Sudoline

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