dimanche , 23 juillet 2017
GARY FAYE, IA DE DAKAR : «LA QUALITÉ EST LA RAISON D’ETRE DE L’ECOLE»

GARY FAYE, IA DE DAKAR : «LA QUALITÉ EST LA RAISON D’ETRE DE L’ECOLE»

Dans cette interview qu’il nous a accordée, l’inspecteur de l’académie de Dakar, Ngary Faye, revient sur les dispositifs d’une éducation de qualité. Faisant le constat du seuil de réussite et de profils de sortie au terme des évaluations formative et certificative, Ngary Faye préconise un volet sécurité pour parer à toute absence d’enseignants dans les circonscriptions académiques.
A l’heure de la mise en œuvre du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence, sur quel levier peut-on s’appuyer pour avoir la qualité de l’éducation sénégalaise ? 
La qualité est la raison d’être de l’école. Comme toute activité sociale, elle s’inscrit dans une dynamique, une vision et une opérationnalisation. La finalité étant d’obtenir des résultats. Quand on parle de la qualité de l’éducation, c’est généralement en termes de résultats. Il s’agit du seuil de réussite et de profils de sortie. Ce sont les deux éléments qui semblent structurer la finalité de l’activité éducative : C’est-à-dire l’évaluation formative et certificative en fin de cycle pour dire que tel élève est compétent pour passer d’un niveau à un autre. Le passage d’un cycle à un autre est structuré par un examen. Le plus important, c’est le profil de sortie en termes de capacités d’insertion. Voilà les deux types de finalités, d’objectifs et de résultats terminaux qui permettent de pouvoir juger de la vitalité d’un dispositif éducatif. Le premier dispositif de la qualité est l’enseignant. Il est le premier intrant de qualité.  Il est déterminant dans une classe. C’est un élément extrêmement important. Deuxième élément, ce sont les intrants pédagogiques, les manuels et les matériels didactiques. Ensuite, vient l’environnement scolaire. Par phasage, un bon enseignant, avec de bons outils pédagogiques dans un bon environnement, doit normalement faire de bons résultats scolaires. Toutefois, il y’a d’autres contentieux plus ou moins ponctuels : c’est les effectifs. Tout cela pourrait être mis dans le cadre de l’environnement scolaire qui soit toujours à même de mettre les élèves dans les conditions qui leur permettent de réussir.

Quels sont les principaux défis des dispositifs de qualité ?

La qualité est confrontée à quelques défis. Comme vous le constatez, nos seuils de performances aux examens sont encore en deçà des investissements assez conséquents. Le premier défi est la qualification de l’enseignant. Elle pose problème. Nous avons une période où l’accent a été mis sur l’accès à l’éducation pour avoir un Taux brut de scolarisation (TBS) très relevé, pendant qu’on a laissé de côté la qualité de l’éducation. C’est un des éléments déterminants d’une baisse de la qualité. Notre carte scolaire, faut le dire, a explosé en dix ans. Là où deux villages devaient pouvoir se partager une école, le constat est que chaque village à son école. Par conséquent, il est difficile d’assurer des maîtres qualifiés à chaque école. A un certain moment, de manière volontariste ou involontaire, nous avions estimé que chacun peut enseigner. Des gens qui n’ont pas été formés, ont été mis dans nos classes. Si le TBS à bien évolué, il reste que la qualification de l’enseignant reste un défi.

Le maître d’hier semble être différent du maître d’aujourd’hui. Nous avons un système où l’enseignant en classe de terminale peut avoir comme niveau académique le BAC. Or, il forme ses élèves pour le BAC. Si d’aucuns s’en tirent à merveille, il y a une grande majorité de professeurs qui sont dans les classes pour lesquels ils n’ont pas été formés. Pour être un bon enseignant, il ne suffit pas simplement d’être bon. Il s’agit de dominer ce qu’on enseigne.

Tant qu’on n’a pas cette relation de domination entre le savoir que l’on possède, il sera difficile de le transmettre de manière opportune à ceux qu’on enseigne. Viennent les intrants. Un bon maître sans outils, est désarmé. Les manuels, le matériel didactique, constituent les armes d’un bon enseignant. Et de moins en moins, les intrants ne sont plus en nombre suffisant. Si à l’élémentaire des efforts importants ont été faits au point d’en arriver à : un élève un manuel en français, un manuel en mathématique et même dans certaines disciplines l’éveil, le ratio est assez acceptable. Dans le moyen secondaire, le ratio reste encore faible. Le dernier élément est l’environnement scolaire.    Des écoles déjà construites, ont des problèmes d’hygiène, d’assainissement, notamment le mur de clôture, d’accès à l’internet et au téléphone. Plus difficile, c’est les abris provisoires. Il y a aujourd’hui des écoles qui ne peuvent pas fonctionner parce qu’il faut attendre que la moisson du mil se fasse pour qu’on puisse trouver les tiges afin de bâtir une classe.

Avez-vous, au niveau de la circonscription académique de Dakar, des difficultés de déficits d’enseignants ? 

Les régions centrales comme Dakar, Thiès ou Kaolack ont des problèmes de déficit d’enseignants. Mais le problème se pose moins dans ces grands centres urbains. Il est plus accru en zone rurale, quand bien même les zones urbaines sont confrontées à un vieillissement du personnel en termes de gestion par enseignant et par poste de travail. Il arrive qu’on ait beaucoup de demandes pour une raison ou pour une autre de congés. Si nous avons à la disposition de l’IEF, un certain volant sécuritaire de personnel, nous pouvons remplacer une personne. Cela permettra aux élèves de ne pas souffrir de l’absence des enseignants. Il y a beaucoup d’aléas qui font que la demande en personnel, surtout dans certaines disciplines comme les matières scientifiques, littéraires ou espagnols, est une réalité.

Comment appréciez-vous le pilotage du système éducatif sénégalais en termes d’application des objectifs du PAQUET. Sommes-nous sur la bonne route ?

L’éducation est l’un des secteurs les plus sensibles de la vie d’un pays. Elle est le fruit d’un héritage. Nous sommes dans une perspective où sur les grands indicateurs macro, il y a une volonté et un niveau de frémissement en termes de retour à l’orthodoxie pour pouvoir asseoir la qualité. La qualité n’est pas seulement l’enseignant, mais elle se construit à la base. Si on veut avoir de bons élèves au collège et à l’université, il faut les préparer à l’école élémentaire. Si on dit que le premier élément de l’intrant de qualité est le maître, on avait l’habitude d’ouvrir les écoles de formation aux 5 meilleurs élèves des classes de 3e. Si tu n’es pas parmi les 5 premiers, tu ne fais pas le concours d’entrée à l’école normale régionale. Ça permettait de former de bons enseignants. Pour preuve, l’université de Dakar Cheikh Anta Diop est pilotée aujourd’hui par quelqu’un qui fut instituteur avant de connaître une ascension au point de devenir Recteur. C’est un indicateur pertinent, pour dire que si on de bons maîtres, le système va se redresser. Dans cette dynamique, l’option prise par le ministère de l’Education nationale d’être exigeant sur le recrutement des élèves maîtres en termes de contenus d’épreuves et de stratégies de sélection, fera ses effets. Il ne peut être immédiat, mais dans le temps, on va sentir que quelque chose a bougé. Nous devons être assez patients pour être dans une dynamique de construction.

Avec Sudonline

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