mercredi , 13 décembre 2017
Education, formation, recherche d’emploi : Comment élèves et étudiants utilisent leur temps ?

Education, formation, recherche d’emploi : Comment élèves et étudiants utilisent leur temps ?

« Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps », dit un proverbe chinois. L’adage a son sens dans bien des pays et dans plusieurs domaines, y compris au Sénégal et dans l’éducation. Mais tout dépend de la manière dont les élèves gèrent leur temps. Quand d’aucuns perdent le leur, d’autres plus pragmatiques l’investissent à bon escient et tirent toujours leur épingle du jeu.

Le temps est un facteur très important dans la réussite de tout projet. Il est essentiel d’en avoir la maîtrise pour espérer atteindre ses objectifs. Certains enfants en sont conscients malgré leur jeune âge. C’est le cas d’Assane Bopp, élève de Seconde L2 aux cours Sainte Marie de Hann. Pour cet adolescent de 15 ans, l’année scolaire est une période de travail et non de loisirs. Il décline ses ambitions en ces termes : « J’ai un emploi du temps bien déterminé. Par exemple, pendant l’année scolaire, je ne perdais pas de temps à la fin des cours. Je rentrais directement à la maison. Je me reposais pendant une heure, puis prenais deux heures pour revoir mes cours. Après le dîner, je regardais un peu la télé avant d’aller au lit vers 22 heures. Et le week-end, je passais un peu plus de temps devant mes cours ».

Trouvé en pleine discussion avec ses amis autour de leur jeu vidéo favori « dream league », il ne semble, dans un premier temps, pas trop emballé par le débat sur l’usage que les élèves font de leur temps. La motivation est finalement venue des propos de son jeune camarade Cheikh Tidiane Ndiaye qui, lui, voit les choses autrement. En vacances à Dakar, ce garçon de 13 ans et élève en classe de 5ème au CEM Serigne Amadou Wade de Mbour avoue qu’il ne consacre pas tout son temps à la révision de ses cours. « L’après-midi, je regardais un peu mes cours, puis j’allais jouer au foot avec mes amis. Le soir, je regardais la télé jusqu’à 22 heures avant d’aller me coucher. Et le week-end, nous nous retrouvions autour d’une théière, surtout les samedis soir ».
Comme Cheikh, la plupart des jeunes partagent leur temps entre loisirs et études. Et il y a même des cas où la balance penche plus vers la distraction. Ce qui, le plus souvent, conduit au retard, voire à l’échec. Cependant, il faut reconnaître que la manière dont les élèves utilisent leur temps dépend aussi de facteurs tels que l’entourage familiale, le quartier de résidence, l’âge… Plus ils sont âgés, plus ils semblent savoir ce qu’ils veulent, ou ne veulent pas, et s’investissent alors à l’atteinte de leurs objectifs en temps utile. Leurs jeunes frères et sœurs des écoles élémentaires ont plus tendance à se livrer aux activités ludiques ; ce qui est normal.

Toutefois, on constate que, de nos jours, les élèves des collèges et lycées ont une certaine propension à la facilité. Ainsi, beaucoup passent le plus clair de leur temps à se distraire en regardant la télévision, en faisant du sport, en passant des heures sur les réseaux sociaux… Même à l’école, leur rapport avec le temps n’est pas des plus académiques. « Les élèves ont toute une panoplie d’astuces. Surtout les éléments perturbateurs et paresseux. Quand ils s’ennuient où n’ont pas envie de suivre le cours, ils pianotent souvent sur leur portable. Il en de même pour ceux qui descendent à certaines heures et qui, tout de même, vadrouillent en ville ou restent à l’école en train de jouer ou de surfer sur le Net, au lieu d’aller réviser leurs leçons », indique Lamine Cissé, professeur d’anglais au lycée franco-arabe Cheikh Mouhamadou Fadilou Mbacké du Point E.

Facteurs externes compromettants
La gestion du temps peut dépendre également de la situation sociale de la famille et de l’atmosphère qui y règne. Comme le dit Amadou Yoro Niang, inspecteur d’académie, « certains parents n’aident pas les enfants à bien gérer leur temps. Par exemple, ils ne respectent pas les heures de révision qu’ils sont parfois même tentés de grignoter ». Un autre phénomène qui s’est largement répandu et pour lequel on n’a nullement besoin d’être expert pour en détecter les signes, c’est celui des élèves qui, même pendant l’année scolaire, se laissent emporter par la « vague oisive » de la bande de copains adeptes de l’incontournable théière de la pause-déjeuner. Une grande tentation à la distraction continue.

Il est donc important d’avoir une approche optimale de la gestion du temps si l’on veut atteindre ses objectifs. Et quand on n’a pas tous les atouts en main, il est difficile d’y arriver. Mais pour l’instant, le temps semble arrêté dans la plupart des établissements scolaires. Les vacances sont généralement un moment de répit et l’occasion de se remettre en cause et, peut-être, de se fixer de nouveaux objectifs.

Seulement, pour bon nombre d’adolescents, l’heure est à la distraction et aux loisirs. Parties de thé, pique-nique, plage ou piscine, et autres activités sportives ou culturelles sont à l’air du temps. Pour ceux-là, le seul crédo qui vaille c’est « lâcher prise et tuer le temps ». Pourvu que cela ne dure qu’un laps de temps !

Le bonheur des uns fait le malheur des autres
Les chambres sont animées. Les genres musicaux changent d’une chambre à l’autre et envahissent les couloirs en même temps que l’odeur du thé cramé qui titille parfois les narines des occupants et des visiteurs de cet imposant édifice. Dans les couloirs, certains squatteurs, adeptes de la « grasse matinée », sont encore bien au chaud, parfois à deux dans un petit matelas à même le sol surplombé d’une moustiquaire. Seuls quelques rares étudiants assis ou debout sur des balcons, cahier ou livre à la main, écouteurs aux oreilles, tentent de se concentrer sur leurs révisions. « C’est la dernière ligne droite. Je dois passer mes examens pour valider ma Licence et espérer aller en Master 1 de Sociologie. A la sortie de l’université, j’espère décrocher un emploi bien rémunéré, car je suis l’aîné de ma famille. Mes parents comptent beaucoup sur moi. Je n’ai pas de temps à perdre ni droit à l’erreur », explique Ibrahima Diagne, jeune étudiant de 24 ans originaire de Kaolack.

Ici, dans le campus social, on a l’impression d’être dans une fourmilière. Du haut du troisième étage, on a une belle vue sur quelques pans de l’université. Ça grouille de monde à tous les coins. Pour certains, le temps semble arrêté. Partout, on voit de jeunes gens, par groupes de trois à huit, dans les couloirs, sur les trottoirs et les bancs publics, etc. Ils sont souvent debout et discutent à haute voix. De temps en temps, ils éclatent de rire, se taquinent et semblent partager de bons moments.

En contournant le Pavillon B pour passer à côté du « Restau Self » et rallier le mythique « couloir de la mort », l’on se rend compte de l’aspect relatif de la notion de temps qui peut changer d’un étudiant à l’autre. Quand d’aucuns préfèrent déjeuner dès l’ouverture des restaurants à 11 heures et passer à autre chose, d’autres prennent leur temps et attendent même jusqu’à la dernière minute pour s’y ruer. Sous ce chaud soleil de midi, l’ombre des quelques arbres et les boissons fraîches des bonnes dames assises non loin du Pavillon J sont tentantes. Là, dans le hall de ce pavillon, les coiffeurs ont élu domicile. Sous un petit air de reggae, le bruit des coups de ciseaux et de ronronnement des tondeuses se mêlent à la voix rabatteuse de quelques coiffeurs en quête de clients.

Certes tous ne sont pas ou ne sont plus étudiants. Mais il y en a qui sont encore inscrits à l’université et qui sont coiffeurs à mi-temps, histoire de se faire un peu d’argent pour se mettre à l’abri des éventuels aléas causés par le paiement tardif des bourses. Sous le couvert de l’anonymat, l’un d’entre eux accepte de parler : « Les temps sont durs. Il faut gagner sa vie d’une manière ou d’une autre. J’étais étudiant non-boursier inscrit au Département d’Anglais. Pour gagner quelques sous, je séchais parfois mes cours et me rapprochais d’un ami coiffeur pour l’aider. Quand j’ai raté mes examens de L2 à deux reprises, je me suis dit qu’il faut que je me trouve une activité rémunératrice. Alors, je n’ai pas décroché mieux que ça ».

Malgré les dures réalités que vivent les étudiants sous la « pression » du système LMD (Licence, Master, Doctorat) qui ne vise que le culte de l’excellence, certains se sont bien adaptés. C’est le cas de Cheikh A. T. Ndaw, 23 ans, étudiant en L3 au Département d’Histoire. « Il me faut trois ans pour décrocher la Licence et deux autres pour le Master. Là j’en suis à ma troisième année. Et il faut faire partie des meilleurs pour espérer être sélectionné en Master. Alors, je fais tout pour réussir et passer en classe supérieure avec les meilleures notes possibles. Depuis mon entrée à l’UCAD, j’ai tout sacrifié pour mes études. Je n’ai le temps ni pour les loisirs ni pour le sport », laisse-t-il entendre. Adossé au tronc d’un arbre à proximité de l’Institut des Sciences de la Terre, il révise tranquillement ses cours. Selon lui, la maîtrise du facteur temps est essentielle dans la formation. Celle-ci étant un tremplin vers le monde du travail, il faut se sacrifier et donner le meilleur de soi-même. « Je passe parfois des nuits blanches à étudier, surtout quand je prépare un concours parallèlement à mes études », ajoute-t-il.

Comment les étudiants gèrent leur temps ?
Il fut un temps, le campus était un « sacré » lieu de séjour, un univers de construction de la personne où l’on se targuait d’avoir le privilège d’y élire domicile. La vie d’étudiant constituait un mythe. Et l’université, un microcosme atypique digne d’un lieu de pèlerinage. Hélas, ce n’est plus le cas. Le système LMD est passé par là. Et maintenant? Fini, les tauliers, étudiants à la barbe blanche, éternels gardiens du temple. Fini, la « bouffe » à zéro sou, bonne ou mauvaise. Fini, les « clandos », étudiants squatteurs en série… Vraiment ?

A bord de la ligne 62 des bus Tata en provenance de Rufisque, les passagers tassés comme des sardines dans une boîte sont pressés de descendre et d’embrasser enfin un peu d’air frais. Mais il faudra prendre son mal en patience et attendre que le bus puisse se frayer un passage dans cet embouteillage monstre pour faire le tour du rond-point Cheikh Anta Diop et s’arrêter. En pleine matinée, tout le monde se démène comme il peut pour vaquer à ses occupations. Le trafic est dense. Travailleurs, étudiants, marchands, badauds… tous se fondent dans la masse. Pour se libérer de ce goulot infernal, les chauffeurs s’invectivent à coups de klaxon. Il faut exploiter la moindre faille. C’est ce que vient de faire celui de ce bus qui s’engouffre dans un petit espace à peine suffisant pour se dégager et finalement contourner la file de voitures tout en ignorant les insultes et plaintes des uns et des autres qui se confondent dans le tumulte de la circulation. Après quelques coups de volant, d’accélérateur et de frein, il s’arrête et crache une bonne partie de ses passagers. La plupart d’entre eux sont des étudiants. Sac au dos, cartable à la main ou en bandoulière, ils se dirigent sereinement vers la grande porte de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

L’établissement créé à la veille des indépendances est connu pour avoir abrité la première université du Sénégal et vu passer des hommes d’élite tels que le célèbre égyptologue sénégalais dont il porte le nom. Au fil des décennies et des générations, des administrations et des systèmes se sont succédé, changeant la donne et créant de nouvelles conditions auxquelles l’étudiant doit s’adapter. Autant pouvait-on s’inscrire et rester étudiant pendant des années, sans finir un seul cursus ni obtenir une seule attestation de réussite; autant peut-on, aujourd’hui, se retrouver dehors après seulement deux échecs de suite pour un même module. Les garants de la « vieille école » devraient halluciner s’ils apprenaient que le bon vieux temps est révolu. Le fameux Pavillon A, tout de bleu et de blanc laqué, fier de ses trois étages et de son restaurant au sous-sol, ferait un bon spécimen pour jeter un regard furtif sur ce petit monde où les destins d’individus de divers horizons se croisent. En cette période d’examens, l’heure est aux révisions. Pourtant, rien n’en donne le signe. On se croirait plutôt en début d’année. Aux abords des escaliers, dans le hall et même dans les couloirs, on est là. On bavarde. On se la coule douce.

La tentation de croquer la vie à pleines dents
L’université est une représentation minuscule du monde. La vie d’étudiant a aussi son côté aguicheur. Et si l’on n’y prend pas garde, on risque facilement de se laisser aller aux plaisirs de la vie libertine. « On est tenté de croquer la vie à pleines dents », pense Khady Thiam, jeune étudiante en management des entreprises dans une école de formation professionnelle de la place. Au regard des affiches des différentes associations culturelles estudiantines et de l’offre culturelle des multiples salles de spectacle à proximité de l’université, on comprend cette tentation qui pourrait détourner l’étudiant des amphithéâtres et des salles de révision.

Aux environs de 17 heures, l’Avenue Cheikh Anta Diop est toujours sous l’emprise des embouteillages. C’est l’heure de la descente pour beaucoup, mais aussi l’occasion pour bon nombre d’étudiants d’enfiler baskets et survêtements pour se rendre à la Corniche, lieu de rencontre par excellence des amateurs de sport. Deux heures plus tard, les lampes commencent à s’allumer dans le campus, les restaurants s’ouvrent pour servir le dîner. Les étudiants arrivent par petits groupes. Certains mangent vite et ressortent, cartable à la main, pour se diriger vers les salles de révision où ils espèrent trouver une certaine quiétude. D’autres préfèrent traîner dehors encore un peu, avant de regagner leurs chambres. « On est jeune, on est libre. Il faut profiter au maximum », taquine Lucien Diouf, étudiant en L2 de Lettres Modernes.

Ce n’est qu’au-delà de minuit que le calme revient petit à petit. Les dernières lumières s’éteignent les unes après les autres. On ne voit plus que quelques petits groupes d’étudiants faire la débauche. A cette heure tardive de la nuit, la grande artère de l’Avenue Cheikh Anta Diop commence enfin à respirer et à dessouler des gaz de pots d’échappement.

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