jeudi , 30 mars 2017
DE L’INTRODUCTION DE LA PENSÉE DE CHEIKH ANTA DIOP DANS LES PROGRAMMES SCOLAIRES.

DE L’INTRODUCTION DE LA PENSÉE DE CHEIKH ANTA DIOP DANS LES PROGRAMMES SCOLAIRES.

Le  Ministère de l’Education nationale joint sa voix au concert d’éloges et se réjouit des manifestations commémorant les 30 ans de la disparition du « Pharaon du savoir », Cheikh Anta Diop. Assurément, l’homme est multidimensionnel, l’œuvre immense et son champ d’investigation universel. Beaucoup de voix se sont élevées pour demander l’introduction de la pensée de l’illustre professeur dans les programmes scolaires. Une pétition initiée à cet effet a recueilli des  milliers de signatures.

Cependant, une lecture rapide des programmes  en vigueur dans nos lycées et collèges permet de faire le constat suivant.

Dès la classe de sixième (6e), la première leçon d’histoire traite de thèmes permettant de mettre en exergue la pensée de Cheikh Anta Diop. Il s’agit entre autres de leçons portant sur :

–          Les civilisations préhistoriques : la leçon 3, intitulée « La préhistoire africaine » comporte deux chapitres intitulés : la problématique (Afrique berceau de l’humanité), et le Néolithique(Le sahara).

La deuxième partie traite des civilisations antiques africaines. Les leçons 6, 7, 8, 9, 10 et 11 permettent d’étudier :

–          L’Egypte pharaonique.

–          La civilisation égyptienne.

–          La Nubie antique.

–          L’Ethiopie antique.

–          Les relations entre l’Afrique du Nord-Est et l’Afrique intérieure: migrations, influences culturelles, diffusion de techniques et échanges.

–          La civilisation carthaginoise.

Dans la quatrième partie, on traite des Civilisations antiques de l’Europe, leçons dans lesquelles on demande aux professeurs d’insister sur ce que la Grèce doit à l’Afrique.

Ces thèmes sont largement inspirés de ceux développés par Cheikh Anta Diop dans ses ouvrages Nations nègres et cultures ou Antériorité des Civilisations nègres, mythe ou réalité.

En classe de cinquième (5e)

La deuxième partie du programme, intitulée « Civilisations de l’Afrique occidentale du VIIe au XVIe », permet de se pencher sur les travaux de Cheikh Anta Diop dans l’Afrique noire précoloniale, ouvrage dans lequel il décrit et analyse des états africains, tels que les grands empires ouest africains : le Ghana, le Mali, le Songhaï et les Royaumes du Golfe de Guinée, cités explicitement dans le programme, ainsi qu’une étude comparative avec l’Europe du Moyen Age, comme recommandée dans la quatrième partie, avec une étude du système féodal en Europe.

La leçon 13 de la classe de quatrième (4e) traite de l’unité et la diversité d’institutions sociales, politiques et économiques de l’espace sénégalais et peut être étudiée dans « Unité culturelle de l’Afrique noire. »

En classe de seconde (2e) :

Les premières leçons viennent renforcer et approfondir les acquis du premier cycle, avec, en plus, la leçon 11 intitulée « Etude de la parenté entre la Civilisation égyptienne et le reste de l’Afrique : l’exemple du Sénégal, thème on ne peu plus  cher à Cheikh Anta Diop et développé dans « Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro africaines».

En Terminale :

Le chapitre intitulé « Etudes et civilisations » traite, dans sa première partie, de civilisations négro africaines, thématique largement développée dans les ouvrages de Cheikh Anta Diop tels que « Antériorité des civilisations nègres, mythe ou vérité, mythe ou vérité historique » et » Civilisation ou Barbarie, » ouvrage majeur de l’illustre professeur.

Dans le programme de Français :

En classe de troisième (3e), dans le centre d’intérêt intitulé « Héritage culturel africain et apports extérieurs », figure un thème appelé : l’Egypte nègre, les civilisations traditionnelles africaines. Ici aussi, le professeur est appelé à étudier en classe un extrait de l’œuvre de Cheikh Anta Diop : « L’Unité culturelle de l’Afrique noire. »

Enfin, en classe Terminale, dans le «  Domaine I » du programme de philosophie, appelé « L’idée de philosophie africaine », on ne peut pas faire l’impasse sur les travaux de Cheikh Anta Diop, surtout avec l’œuvre « Civilisation ou Barbarie. »

Dans le chapitre « Sciences et Techniques », comment ne pas parler de celui qui conseillait à la jeunesse africaine de « s’armer de sciences jusqu’aux dents » et donner en exemple aux élèves les travaux scientifiques de l’illustre parrain de notre première université, menés dans son célèbre laboratoire de datation au carbone 14 ? Tout cela pour faire remarquer qu’avec l’interdisciplinarité, l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop peut être déroulé aussi bien en mathématiques, qu’en physique-chimie, en lettres, en philosophie, en économie et même dans les langues vivantes étrangères.

Il convient aussi de souligner qu’au niveau de l’UCAD, des enseignements sur l’œuvre et la pensée de Cheikh Anta Diop sont dispensés dans les départements d’histoire et de lettres classiques depuis des décennies.

Le problème n’est donc pas tant celui de la présence de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes scolaires  mais plutôt celui de la prise en charge correcte de son enseignement. Les professeurs ne font pas toujours l’effort de se former, de se documenter pour dérouler correctement les cours.

J’ai entendu l’autre jour, un célèbre professeur de philosophie dans un  lycée de la place, par ailleurs grand chroniqueur sur une chaine de télévision, réclamer à cor et à cris l’introduction de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes ; il ajoutait même qu’il avait fait un sondage auprès de ses élèves mais qu’aucun d’eux ne connaissait Cheikh Anta Diop.  A qui la faute ? Comment peut-on enseigner la philosophie africaine sans parler des travaux de Cheikh Anta Diop et de ses thèses sur l’apport de l’Afrique à la civilisation universelle dans le domaine de la philosophie, avec son œuvre « Civilisation ou Barbarie, » où il pose les prémices d’une nouvelle philosophie visant à réconcilier l’humanité avec elle-même ? Il en est de même dans presque toutes les disciplines. La Grèce, mère de la philosophie n’est-elle pas elle-même fille de l’Egypte ? Il appartient au professeur d’enseigner et de faire connaitre Cheikh Anta Diop et son œuvre et non d’attendre des élèves des connaissances infuses ou confuses. Last but not least, la bibliographie complète des écrits de Cheikh Anta Diop figure en annexe dans le programme officiel de philosophie.

L’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop peut et même, doit être déroulé à tous les niveaux du système éducatif, du préscolaire à l’élémentaire, à travers des ouvrages comme «  les hiéroglyphes dès le berceau »  ou «  L’antiquité africaine par l’image. »

Il se pose peut être un problème de formation des formateurs ou de l’accès aux ouvrages de Cheikh Anta Diop. En effet, beaucoup d’enseignants n’ont pas bénéficié de cours ni de formation à sa pensée et à ses thèses. Ensuite, dans un récent reportage à la télévision, il a été constaté que les ouvrages de Cheikh Anta Diop sont quasi absents des rayons des librairies de la place.

Cependant, des solutions existent. D’abord, inclure des modules d’initiation à l’œuvre et à la pensée de Cheikh Anta Diop dans les centres de formation des formateurs comme la FASTEF et les CRFPE, pour que les sortants soient outillés pour dérouler son enseignement correct dans les classes.

Ensuite, mettre une documentation adéquate dans les établissements scolaires, avec des fiches pédagogiques de vulgarisation des principaux thèmes retenus.

Enfin, les résultats de  recherches des spécialistes de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, à l’UCAD ou à l’IFAN, doivent être publiés, non pas seulement dans les revues  scientifiques  pour experts mais, mis à la disposition du grand public.

Néanmoins, des efforts gigantesques sont faits pour préserver et diffuser le legs de Cheikh Anta Diop. Pour preuve, les cérémonies marquant le 30e anniversaire de la disparition du professeur Cheikh Anta Diop ont drainé un large public, avide de découvrir « son savant » ; l’engouement suscité, surtout lors des conférences à l’UCAD 2, où on notait une présence massive d’élèves et d’étudiants peut en attester.

Il faut aussi rendre hommage à l’action de grands mécènes, regroupés autour de l’ISDOCAD, (l’initiative sénégalaise pour la diffusion des œuvres de Cheikh Anta Diop), et qui sont en train de doter des établissements scolaires en ouvrages écrits par le Pr. Cheikh Anta Diop.

Il convient aussi de saluer l’édition d’une plaquette sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop, distribuée gracieusement aux élèves lors des cérémonies du trentenaire de la mort de Cheikh Anta Diop.

Au niveau du ministère de l’éducation, instruction a été donnée aux responsables du projet PARC, chargé de la révision des curricula, de mieux prendre en charge l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop ainsi que le rééquilibrage des filières afin que le sénégalais de demain soit à l’image de Cheikh Anta, « armé de sciences » et être un citoyen de son temps.

N’est ce « cet effrayant génie » africain qui a passé la même année, avec un égal bonheur, un baccalauréat littéraire et un baccalauréat scientifique ?

En fin de compte, il y a des raisons d’espérer. Les choses bougent dans la bonne direction et je demeure convaincu qu’avec la synergie qui s’est manifestée cette année autour de l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop et le soutien des plus hautes autorités, sous peu, le Pharaon sera aussi prophète dans son pays, comme il l’est un peu partout dans le monde.

 Ndiogou Faye

 Doyen de l’Inspection générale de l’Education et de la Formation/ MEN / MFPAA

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