mardi , 12 décembre 2017
CLASSES PLÉTHORIQUES DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES PUBLICS : QUAND L’ECOLE DESSERT LES APPRENANTS

CLASSES PLÉTHORIQUES DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES PUBLICS : QUAND L’ECOLE DESSERT LES APPRENANTS

L’école sénégalaise présente toujours des facteurs bloquants pour des enseignements et apprentissages de qualité. Loin effectivement des revendications des syndicats d’enseignants crevant par ricochet le quantum horaire, l’environnement scolaire dans les écoles et établissements présente un visage hideux. En plus du déficit de matériels pédagogiques ou manuels didactiques influant négativement sur les évaluations nationales, les salles de classe sont bondées de potaches. Les élèves s’entassent, comme des sardines, loin de la norme internationale de 45 élèves par classe. La pléthore d’apprenants dans les classes affecte le niveau des élèves. Les enseignants à bout de souffle. Les syndicats d’enseignants ruent dans les brancards. Les autorités étatiques mettent sur pied des solutions ponctuelles, avec des classes à double flux ou classes multigrades. En attendant la matérialisation effective des directives, les acteurs se prononcent et diagnostique le mal dont l’ampleur se mesure, entre autres, par la mauvaise performance et le niveau des élèves… liés aux effectifs pléthoriques  dans les salles de classes.
EFFECTIFS PLETHORIQUES DANS LES ETABLISSEMENTS PUBLIQUES : Les élèves à bout de souffle

Etudier et enseigner dans des établissements scolaires publics deviennent de véritables casse-têtes pour les acteurs du système éducatif. En effet, en plus des mouvements d’humeur des syndicats d’enseignants, le secteur éducatif est gangrène par d’énormes difficultés. L’environnement scolaire n’est pas du tout commode pour les apprenants. Pis, le nombre pléthorique d’élèves dans les salles de classes constitue désormais un facteur bloquant pour une éducation de qualité pour tous.

Un problème pesant au niveau des établissements publics mais auquel les acteurs sont obligés de faire face. Un tour dans différentes écoles permet de mesurer l’ampleur du mal, notamment au lycée Blaise Diagne où l’on constate de visu les effectifs pléthoriques dans les salles de classes. A l’image de plusieurs écoles et établissements publics du Sénégal, Blaise Diagne, établissement pourtant constitué de plusieurs bâtiments en étage séparés par une petite ruelle, n’échappe pas à cette situation de classes aux effectifs élevés.

Trouvée assise à même le sol, sous un arbre, cette élève en classe de Seconde répondant au nom de Marianne a accepté d’échanger avec nous. Elle trouve anormale le nombre excessif noté dans les salles de classe. «Le fait de se retrouver dans une classe avec plus de 60 élèves est un frein pour nous. Il est difficile de se concentrer. Ils nous arrivent parfois de ne pas bien comprendre le cours», a indiqué l’adolescente. Avant d’ajouter: «le professeur est obligé de gérer plusieurs choses à la fois. Il leur est difficile de repérer les élèves qui perturbent le cours».

Plus loin, dans la cour du lycée, nous rencontrons un groupe d’amis. Ils sont tous en classe de Terminale. Unanimement, ils déplorent les classes pléthoriques et estiment que ce problème est l’un des facteurs d’échecs récurrents notés ces dernières années. «En tant qu’élève de Terminale, nous avons besoins de bien assimiler nos cours. Ce qui est incompatible avec ce surpeuplement dans les classes. Nos professeurs rencontrent d’énormes difficultés pour s’acquitter de leur tâche», lance Kany, vêtue de son uniforme. Pour sa part, le jeune Malick abonde dans le même sens en soulignant aussi que «le déficit de professeurs y est pour quelque chose. Car, parfois, les professeurs sont obligés de regrouper deux classes pour faire un cours. Ce qui dépassent totalement la norme», laisse-t-il entendre.

SURPEUPLEMENT DES CLASSES, MANQUE D’ETABLISSEMENTS PUBLICS : La banlieue déborde

La banlieue dakaroise n’est pas en reste par rapport à ces effectifs pléthoriques. Les écoles et établissements sont loin de répondre aux normes internationales de 45 élèves par classe. A l’école élémentaire Babacar Senghor de Diamaguene/Sicap-Mbao, le nombre excessif d’élèves dans les salles de classes n’est plus un débat, selon le directeur. Pour M. Ndiaye, «le syndicat des enseignants a tiré la sonnette d’alarme. Jusque-là, rien n’a été fait; et le nombre s’agrandit», se désole le directeur. Et de poursuivre: «les enseignants continuent de travailler dans ces conditions, malgré ces difficultés». Sous le couvert de l’anonymat, cet enseignant exprime son amertume par rapport à leurs conditions de travail dans les salles qui ont des effectifs de plus 85 élèves. Selon lui, «ce problème est lié au fait que la banlieue dakaroise manque d’établissements publics». Au CEM de Diamaguene, en attendant l’achèvement des travaux des bâtiments en construction, les classes croulent sous le poids des effectifs. Par exemple, la classe de 3ème A est à 52 élèves, pendant que les 3ème B et D accueillent respectivement respectivement 72 et 55 élèves.
Loin des normes pour des enseignements de qualité, les classes présentent des effectifs acceptables par rapport aux années précédentes, selon M. Ndiaye, professeur de Science qui précise toutefois qu’une des classes de 6ème affiche 95 élèves sur la liste d’appel.
«Quand j’étais en classe de 6ème, nous étions au nombre de 92 élèves dans la salle. C’était vraiment atroce», nous confie une élève, tout en nous indiquant que «les professeurs renvoyaient automatiquement les bavards et les perturbateurs pour dégraisser la salle».
Au lycée de Thiaroye, le décor est presque le même.  Vêtue d’une robe en wax, avec son voile bien rabattu sur la tête, Ramatoulaye Fall, élève en classe de Terminale S2, nous fait savoir qu’ils «sont au nombre de 53 élèves dans leur classe».

ENTASSEMENT DES ELEVES DANS DES SALLES DE CLASSES… : Des enseignants à bout de nerfs

L’entassent des élèves dans les salles de classes impacte sur le travail des enseignants et du personnel administratif. La pléthore dans les classes «écrase» les enseignants, le personnel administratif étant à bout du souffle. C’est le cas du directeur de l’école Manguiers 2, sise à Fass, qui fait savoir que «les effectifs pléthoriques sont un problème pesant dans son établissement». M. Wagne explique que «la moyenne avoisine les 60 élèves (par classe). Ceci est dû à un déficit d’enseignants. On se retrouve avec 8 maîtres dans une école de 12 classes». Ce qui, selon lui, «les oblige à regrouper les élèves dans une classe». M. Wagne trouve que «cette situation est d’autant plus paradoxale que l’on a constaté un recul dans le recrutement des enseignants. Les gens vont à la retraite, d’autres quittent et personne ne les remplace».
Enseignante dans l’établissement, Mme Niang relève que cette pléthore est, en partie, liée à la pauvreté des familles qui ne peuvent inscrire leurs enfants que dans les établissements publics. «Beaucoup de gens n’ont pas de moyens. Ce qui fait que les enseignants sont obligés de s’adapter à ces  effectifs», dit-elle.

MIEUX VAUT AVOIR UNE CLASSE PLETHORIQUE QUE DE LAISSER DES ELEVES EN RADE DANS LES RUES

Pour ce professeur  d’Histoire et de Géographie, le problème est à chercher dans le temps, avec le système qui consiste à scolariser tous les enfants, alors que l’élargissement de la carte scolaire et le recrutement des enseignants ont été faits de manière timide. «L’enseignement devient  difficile si l’on se retrouve dans une classe qui compte plus de 60 élèves. Nous travaillons avec les élèves en dehors même des heures de classe»,  renchérit M. Manga. Le principal du CEM Blaise Diagne, M. Ndiaye, estime «qu’on ne peut pas parler de nombre pléthorique dans une classe de 64 élèves». Il explique qu’une salle de 32 tables bancs peut accueillir 64 élèves. «J’ai des classes qui peuvent contenir jusqu’à 80 élèves». Selon lui, «il est préférable d’avoir une classe pléthorique que de voir des élèves laissés en rade dans les rues».

SOULEYMANE DIALLO, SYNDICAT DES ENSEIGNANTS LIBRES DU SENEGAL (SELS) : «C’est un facteur de non qualité»

«C’est un facteur de non qualité. Nous avons toujours demandé la réduction des effectifs, en respectant les normes internationales. Pour un pays sous développé, comme le Sénégal, c’est 45 élèves par classes. On ne doit dépasser 45 élèves par classe pour le suivi et l’encadrement. Tant que nous aurons des effectifs pléthoriques, notre système d’enseignement fera toujours défaut. A ce niveau, la solution est de recruter les enseignants à un niveau suffisant, des inspecteurs et de construire suffisamment des salles de classes pour une éducation de qualité. Ce qui va impacter sur les ratios entre élèves et maîtres. L’encadrement des enseignants se fera de manière régulière. Comme le prétend le gouvernement, la politique de réduction des abris provisoires ne règle pas la question des sureffectifs dans les salles de classes.»

Oumar Waly Zoumarou, GRAND CADRE DES SYNDICATS DES SYNDICATS (GCSE) : «Les élèves sont tellement à l’étroit qu’ils peinent à écrire…»

«Nous avons toujours exigé des infrastructures fonctionnelles pour une éducation de qualité. Le ratio élève-maître ou élèves-professeurs devrait être respecté. Il est aujourd’hui inconcevable qu’un enseignant puisse se mettre devant plus de 50 élèves et leurs dispenser des connaissances. Une bonne partie des élèves ne parviennent même pas à suivre. Des élèves qui s’assoient à trois par table-bancs.  Ils sont tellement à l’étroit qu’ils peinent à écrire sur leurs cahiers. Dans le domaine de l’hygiène, cela pose problèmes. Cette promiscuité entraine certaines maladies qui sont dues à ces conditions. Un élève qui a la grippe, peut contaminer toute la classe. Les élèves s’entassent dans certaines classes comme des sacs d’oignons. On se rend compte que les élèves ne se concentrent pas. Ces classes favorisent même la distraction. C’est inadmissible d’avoir des classes de 80 élèves. Il faudra impérativement construire des infrastructures scolaires suffisantes pour permettre aux enseignants de faire tranquillement leur travail.»

MOUHAMADOU MOUSTAPHA DIAGNE, DIRECTEUR DE LA FORMATION ET DE LA COMMUNICATION : «En attendant les constructions, nous avons des solutions ponctuelles»

Avec des classes pléthoriques à l’heure de la promotion de la qualité du système éducatif, pensez-vous que l’environnement est propice pour une qualité des enseignements apprentissages ?

«Nous avons un taux de scolarisation qui avoisine 87,30%. Ce qui est très bien. Sur 100 enfants en âge d’être scolarisés, 87 vont à l’école. Nous avons 308 lycées, 1055 collèges et 9977 écoles primaires. Dans un pays où le taux de natalité est de 3,5, il faut construire en conséquence. Ce qui n’a pas été fait par les précédents gouvernements. Lorsque le président Macky Sall a accédé au pouvoir, le ministère de l’Education nationale a construit 105 classes dont 46 dans les collèges. Depuis 2012, nous sommes entrain de construire 4 lycées à Dakar, notamment à Grand-Yoff, Koupentoum, dans le cadre du Budget consolidé d’investissement (Bci), en rapport avec les partenaires techniques et financiers. Dans un programme de réhabilitation d’infrastructures, on va refaire Ngalandou Diouf, Lamine Gueye, le lycée des Parcelles Assainies unité 13 et le lycée de Rufisque.
Dans le cadre du PAQUET, nous avons construit presque 200  écoles élémentaires de 2012 à ce jour. Nous sommes entrain de construire, entre Sédhiou et Ziguinchor, 22 collèges et 8 écoles élémentaires dans le cadre de l’éducation de base en Casamance. On est entrain de réhabiliter 17 collèges dont 4 à Dakar, 4 à Pikine, 2 à Guédiawaye et 7 à Rufisque. Sans compter la construction de 5 Centres régionaux pour les personnels de l’Education. En plus du programme spécial pour les abris provisoires. Le chef de l’Etat a mis en place le programme de gestion des abris provisoires qui seront au nombre 6666. Le chef de l’Etat a décidé de la réfection de tous les abris provisoires d’ici 2019.

Vous avez cité des solutions structurelles pour venir à bout du problème des classes pléthoriques. Quelles alternatives ponctuelles pour que les élèves puissent suivre convenablement les cours ?

Il y a ce qu’on appelle la solution ad hoc. On est au-delà du ratio 1/40. Donc, nous sommes obligés d’organiser des classes à double flux (CDF) ou des classes multigrades (CMG). Nous formons les enseignants sur les différentes formes en pédagogie des grands groupes (pour ces enseignants). Ce qui leur permet de gérer ces classes. Ce sont des solutions ponctuelles; le temps que le gouvernement puisse venir à bout de cette question d’excès. Les classes sont pléthoriques, mais tout enfant doit aller à l’école et à droit à l’éducation.»

Sudonline : Ibrahima Baldé, Seynabou Bop et Adama Faye

A propos de Luxmealex

Toute l'actualité sur l'éducation, la formation et l'entrepreneuriat
Get Widget