jeudi , 20 juillet 2017
Centres de recherche et d’essai: Des lieux d’appropriation des résultats de la recherche par les populations

Centres de recherche et d’essai: Des lieux d’appropriation des résultats de la recherche par les populations

Depuis quelques années, les Centres de recherche et d’essai (Cre), à l’instar de celui de Dieuppeul-Derklé, se multiplient à Dakar et dans les régions. Sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ces structures ont pour mission de vulgariser les résultats de la recherche, en vue d’assurer leur impact sur la société.

A l’arrière-cour du centre socioculturel de Dieuppeul-Derklé, un bâtiment au revêtement ocre et sans trop de charme s’impose dans un décor dépouillé. A l’intérieur, une vingtaine d’individus, hommes et femmes de différents âges, ont les yeux rivés sur l’écran de leur ordinateur et les oreilles attentives aux explications de leur formateur. Cet après-midi de vendredi, c’est le groupe du module de bureautique qui fait cours. Parmi ces apprenants, il y en a qui, jusque-là, n’avaient jamais pianoté sur le clavier d’un ordinateur. Mais depuis qu’ils ont poussé les portes de ce Centre de recherche et d’essai, ils ont enterré leur analphabétisme informatique. « Notre mission est, entre autres, d’aider les populations et de participer ainsi à la réduction de la fracture numérique », avance Waly Jérémie Diouf, gestionnaire du centre de Dieuppeul-Derklé depuis 2011. Les Centres de recherche et d’essais sont des unités de valorisation de la recherche basées sur la promotion et la mise à disposition de moyens d’application des innovations scientifiques et techniques pour le bien-être social. Au centre de Dieuppeul-Derklé, l’initiation à la bureautique n’est qu’un aspect du large éventail de la formation dans les métiers du Tic qu’on y offre. En effet, il y existe des modules d’assemblage d’ordinateur, de maintenance, d’infographie, de réseaux de télécommunication, de web design, de dessin animé, etc.

A côté des Tics, les modules d’apprentissage des techniques de micro-jardinage et de transformation des fruits et légumes aux femmes occupent également une très bonne place dans les activités de ce centre. La transformation de fruits et légumes est d’ailleurs l’une des grandes réussites du centre depuis qu’il a ouvert ses portes en 2007. « C’est l’une de nos grandes satisfactions. C’est une fierté de voir ces femmes reproduire chez elles ce qu’elles ont appris ici. Aujourd’hui, il y en a même qui commencent à exporter leurs produits. Cela démontre que la formation qu’elles ont reçue leur a servi à quelque chose », se félicite M. Diouf.

Consommation et commercialisation
La formation en techniques de micro-jardinage aussi semble avoir porté ses fruits. A en croire le formateur Albert Mendy, de nombreuses femmes sont parvenues à créer leurs propres micro-jardins qui, aujourd’hui, leur permettent de consommer et de commercialiser ce qu’elles produisent. « Ce module intéresse de plus en plus de femmes, parce que c’est dans le domaine de l’alimentation. Il n’y a rien de plus motivant que de produire ses propres légumes. Avant même la fin de la formation, certaines parmi elles maîtrisent toutes les techniques. On leur permet de pouvoir élaborer leur propre projet de micro-jardin. L’année dernière, sur les 20 personnes qui ont été formées, une quinzaine a reçu son diplôme et il y en a au moins 8 qui ont leurs micro-jardins à la maison », explique M. Mendy.

Mme Bâ née Seynabou Dione est dans le micro-jardinage depuis 2006, date à laquelle elle avait reçu sa première formation. Depuis lors, elle voue un amour indéfectible à cette activité qui lui permet, tant bien que mal, de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Avec le Centre de recherche et d’essais de Dieuppeul-Derklé, elle a renforcé ses capacités en micro-jardinage et découvert d’autres techniques qui lui permettent, aujourd’hui, de cultiver dans un espace aménagé du centre, de la salade, des plantes aromatiques, des ciboulettes, des épinards, des fraises, du piment…

Suivant les recommandations de l’Isra et de la Fao, ce centre a adopté la technique brésilienne du micro-jardinage. Pour pallier le manque d’espace, les tables sont superposées. Des tuyaux Pvc et des bouteilles en plastique recyclés servent à faire pousser les plantes.

Formation gratuite
Les coques d’arachides, un bon substrat, remplace la terre. Ce qui, selon M. Mendy, protège les plantes contre les parasites et permet d’économiser de l’eau. En plus de la superposition des tables, la technique de la pyramide et du système d’accrochage des plants aux fenêtres constituent également une solution face au déficit d’espace. La formation offerte dans les centres de recherche et d’essais est gratuite. Pour en bénéficier, il faut juste en faire la demande. Et les candidats sont choisis par ordre d’arrivée. « Nous recevons des gens de différents profils. Nous ne mettons pas l’accent sur un profil particulier. On les classe par niveau d’études et selon l’horaire choisi. Cependant, il y a certains modules qui requièrent un minimum de niveau d’études. On ne repousse personne, on essaie d’aider tout le monde », confie le gestionnaire. Actuellement, le centre accueille des centaines d’usagers répartis en 5 groupes de 22 personnes qui viennent deux fois dans la semaine, et la formation dure entre deux et trois mois selon le module. Toutefois, la demande reste très forte. En effet, fait remarquer M. Diouf, plus de 600 personnes sont encore en attente dans la base de données.

LES CRE, UNE INTERFACE ENTRE LES GROUPES DE RECHERCHE ET LA SOCIÉTÉ
Le champ d’activités des Centres de recherche et d’essais s’étend à tous les domaines de la science et de la technologie : Tic, technologie du laser appliquée à l’artisanat, les énergies nouvelles et renouvelables, la transformation des fruits et légumes, etc. La mise en place de ce programme a permis l’implantation de plus de 10 Cre, dont 9 dans le domaine des Tic. Il y en a 6 à Dakar (Sacré-Cœur, Point E, Derklé, Plateau, Gorée et Ouakam), un à Saint-Louis, un à Thiès et un autre à Sédhiou. Quant à celui de Louga, son ouverture est en bonne voie.

Ainsi, plus de 200 ordinateurs ont été installés et plusieurs emplois directs créés ; dont 48 permanents, en plus de 30.000 personnes de toutes les catégories socioprofessionnelles formées à l’informatique de base, aux techniques d’assemblage d’ordinateurs et de maintenance, à l’utilisation des technologies alternatives et des logiciels libres et éducatifs. Dans le domaine de l’énergie solaire, un programme de développement expérimental a permis la mise au point de deux prototypes de cuiseurs solaires adaptés aux techniques de cuisson, la formation de plus de 260 menuisiers et 300 femmes aux techniques de construction et à l’usage de ces cuiseurs à Mékhé, Dakar, Sédhiou et Thiès. Ces initiatives recoupent parfaitement les missions dévolues au Cre par le ministère de l’Enseignement et de la Recherche : offrir un cadre multi-pôles de saisie et d’élaboration de procédés, d’outils d’amélioration du bien-être social par les sciences et la technologie. Cela, en vulgarisant les résultats de la recherche, en vue d’assurer leur impact sur la société.

Le soleil

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