vendredi , 21 juillet 2017
Analyse d’une société sénégalaise perdue entre violences et dégradation des mœurs

Analyse d’une société sénégalaise perdue entre violences et dégradation des mœurs

Une violence gratuite s’exprime sur les terrains de foot, les écoles, universités et même sur le champ politique. À cela aussi s’ajoutent ces nombreux scandales et histoires de mœurs faisant dire à certains que le Sénégal, pays de paix et de concorde nationale, un exemple en Afrique et dans le monde, a perdu de son véritable empreint. Les causes, les conséquences et d’éventuelles mesures pouvant sauver ce qui reste de cela qui nous caractérisait sont ici évoquées par des anciens, des jeunes et spécialistes des questions sociétales.

Le Sénégal terre de valeur, où des générations ont su préserver les valeurs transmises par leurs aïeuls, semble tergiverser en ces temps modernes trahissant l’héritage de braves hommes et femmes qui ont fini de prouver au monde le mérite de cette dénomination de «pays de la Téranga (hospitalité)». A y voir de plus clair et ce, depuis un certain temps, tous les ingrédients d’une société perdue dans la violence et les dégradations des mœurs se constituent installant le pays tout entier dans le chaos.

Des événements malheureux nés de l’action anthropologique tintée d’insouciance occasionnent souvent des morts par dizaines, des scandales de mœurs défrayent la chronique au grand dam de notre société jadis rayonnante de valeurs morales.

Pourtant, juste quelques décennies avant le constat était tout autre affirment deux vieux qui ne manquent pas de situer les responsabilités.

Les causes d’une jeunesse violente et sans valeurs, l’ancienne classe répond 

Karfa Sona et Ben Abdoulaye Sall, deux vieux trouvés sur les deux voies à Niari Tally trouvent bien des explications lointaines a l’origine de ces violences qui caractérisent la jeunesse sénégalaise. Pour Karfa Sano, qui évoque d’abord la situation démographique actuelle comparée en leurs temps, les origines sont en ce que la sociabilité est quasi absente de nos jours, la famille autrefois largement est maintenant trop nucléaire.

«Déjà qu’an temps, nous ne faisions pas 14 millions d’habitants, la population tournait autour de 4 millions de sénégalais. Tout le monde se connaissait. On se gardait de faire du mal parce que les gens, non seulement, nous connaissent nous mais nos parents aussi. Les familles étaient larges et c’est tout le monde qui s’occupait de l’éducation des enfants. Il arrivait que l’on donne une bonne correction à l’enfant d’autrui et que le père favorable à cette démarche inflige une autre sanction à son enfant. En dehors de la maison, la rue elle-même participait à l’éducation des jeunes. Aujourd’hui si vous le faites, vous risquez de passer la nuit au commissariat. Le malheur est que déjà celui qui doit éduquer n’a pas le temps mais ne tolère pas que d’autres le fassent ».

Une jeunesse libre, trop libre

« Les jeunes sont livrés à eux mêmes. C’est complètement bouleversant et la conséquence est qu’il n’y a plus de sociabilité. Tout cela participe au caractère actuel des jeunes. Pour un rien les nerfs surchauffent. Moi j’ai joué au foot et Dieu sait qu’il y a eu des divergences sauf que nous, on a su gérer alors que la génération actuelle n’a pas cette patience là et ne tolère pas que d’autre ait raison sur elle», renchérit le vieux Karfa Sona.

Dans la même veine, Ben Abdoulaye Sall affirme que les jeunes ne sont, certes pas, exempts de reproches mais que ceux qui doivent montrer le bon chemin ont failli.

«Pour moi il y a un problème de repères pour cette jeunesse. Ceux qui étaient les références ont failli à leur mission. C’est maintenant que l’on voit un guide religieux qui insulte, un homme d’État sans valeur. Les gens se fâchent vite et font dans la calomnie. Alors, les jeunes qui n’ont pas une bonne éducation à la maison, qui n’ont pas de repères dans la société ne peuvent être qu’à l’image de ce qui se passe actuellement, beaucoup de violences et de comportements sans valeurs. Quand on se fâche vite et qu’on n’a pas d’arguments, on fait appel à la violence et bonjour les dégâts».

Pointés du doigt les jeunes ont, eux aussi, diagnostiqué ces drames sociaux qui se passent sous leurs yeux. Le constat est mitigé, les responsabilités partagées.

Abdou Seck, étudiant à l’UCAO, lui reconnait certes leurs responsabilités mais fournit d’autres explications.

« Cette violence, c’est aussi ce manque d’éducation qui est de la responsabilité des parents mais il y a aussi cette pauvreté grandissante. Quand on est pauvre, on n’est vulnérable à toute tentation. Un jeune qui a besoin de s’illustrer, il le fait en bien ou en mal. Toutefois, je pense que les parents ont fait le maximum reste maintenant à nous de prendre nos responsabilités».

Face à son avis peu divergent de celui des anciens, Mr Nguissaly Ndiaye, sociologue et psychologue-conseiller amène un arbitrage et explique les causes de la violence et la dégradation des mœurs notées chez la nouvelle génération.

« La mono-causalité n’existe pas en sociologie. On ne peut pas attribuer la cause du comportement violé des sénégalais uniquement à la dégradation des mœurs. Même s’il y a un événement ou un phénomène déclencheur, il existe un ensemble de facteurs favorables, prémices de cette situation, que le sociologue Durkheim attribue au milieu interne. N’oublions pas que ces phénomènes violents notés par ci et là ne sont pas également des phénomènes nouveaux. L’exposition et la médiatisation à outrance de ces faits de société laissent penser à une multiplication ou à une surproduction de ces faits de société ».

Un marché de l’emploi inexistant, le principal mal de la société

Suivant Mr Nguissaly Ndiaye, qui semble ramer sur la même vague que le jeune étudiant de l’UCAO, la pauvreté est elle aussi, un facteur déclenchant de ce phénomène nouveau.

« Cette exubérance apparente de la violence est imputable à la crise des valeurs, du travail et de l’emploi. Non seulement les jeunes constituant plus de la moitié de la population peinent à trouver de l’emploi mais surtout ils semblent même ne plus croire aux valeurs du travail. L’environnement social leur expose un modèle de mobilité sociale par la politique ou à l’aide de moyens détournés à telle enseigne qu’ils semblent avoir abandonné les escaliers de la patience et de la rigueur du travail pour emprunter l’ascenseur de la facilité, de la fraude et du détournement d’objectif pour atteindre la cime de la réussite. Des boutades fortement encrées dans la mentalité peuvent corroborer cette idée : « khaliss kén douko liguey dagn koy lidianté : Kouy khalam dissa diayou barkéba yaye borom » à présent, au-delà du savoir être, il faut s’interroger sur le savoir devenir des sénégalais ».

Ces comportement violents nous amènent à jeter le regard sur l’éducation et le processus de socialisation des sénégalais. La tribune offerte ici ne permet pas de vider la question mais l’on peut décliner quelques alternatives à ce propos. Un dramaturge allemand du 20é siècle disait qu’«on dit d’un fleuve dont le courant emporte tout sur son passage qu’il est violent mais on ne dit rien de la violence des berges qui l’enserrent ». Les berges symbolisent ici, dans l’ensemble, le contexte éducatif et socioculturel dans lequel le sénégalais est produit. La chaîne de socialisation allant de la famille, cellule de base de la société, au cadre professionnel en passant par les groupes de pairs et autres formes d’organisation de la société, a laissé pulluler des gènes de la violence que la jeunesse d’aujourd’hui ne fait que reproduire.

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